Variation annuelle du produit intérieur brut.
Points d'inflexion
Choc pétrolier et fin des Trente Glorieuses
Après une croissance moyenne de 5,6 %/an entre 1960 et 1973, l'économie française plonge à -1 % en 1975. Cette rupture coïncide avec le premier choc pétrolier (quadruplement du prix du pétrole fin 1973) et la fin de la convertibilité dollar-or (1971), qui déstabilise les changes. Corrélation documentée entre ces chocs externes et le ralentissement ; la littérature elle-même décrit un enchaînement de causes plutôt qu'une cause unique — on se gardera d'attribuer la totalité du ralentissement au seul choc pétrolier.
Éclatement de la bulle internet
La croissance décroche après 2000 (3,9 %), avec un creux à 0,9 % en 2002, bien visible sur la courbe annuelle. L'éclatement de la bulle internet aux États-Unis se propage aux économies européennes via l'effondrement des investissements technologiques ; les chercheurs de l'OFCE relèvent aussi un déficit de compétitivité propre à la France sur la période. Corrélation documentée avec le choc technologique mondial ; la part exacte imputable à ce choc plutôt qu'à des facteurs domestiques reste débattue, donc prudence sur la causalité.
Crise financière mondiale
L'INSEE chiffre le recul du PIB à -2,6 % pour la seule année 2009 (chiffre de l'édition 2010, avant rebasage), après un ralentissement déjà sensible en 2008 (+0,4 % après +2,3 % en 2007) — un creux bien visible sur la courbe annuelle. L'INSEE situe elle-même cette récession comme la plus sévère depuis l'après-guerre, plus forte que celle de 1975 (-1,0 %) ou de 1993 (-0,9 %). La chaîne causale (faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 → crise du crédit interbancaire → effondrement de l'investissement et du commerce mondial) est bien établie dans la littérature macroéconomique — un des rares cas ici où un langage plus affirmatif est justifié, sans perdre de vue que l'ampleur de chaque canal de transmission reste débattue.
Crise Covid-19
Le point le plus spectaculaire de la série : -7,5 % en 2020 (chiffre rebasé ; -7,9 % dans la publication d'origine de mai 2021), le plus fort recul des comptes nationaux français depuis leur création en 1949. L'INSEE attribue directement cette chute à la crise sanitaire et aux mesures de restriction (confinements, couvre-feux, fermetures) prises en France et à l'étranger. Rare cas où la causalité peut être affirmée sans grande réserve : le choc est daté, ses canaux de transmission sont directement observables plutôt que reconstruits après coup.
Ralentissement post-Covid, choc énergétique et inflation
Après le rebond de 2022 (+2,5 %), la croissance fléchit nettement : +1,5 % en 2024 puis +0,8 % en 2025. L'INSEE relie ce ralentissement à la persistance de l'inflation — portée par le choc énergétique consécutif à l'invasion de l'Ukraine — conjuguée au resserrement monétaire, qui pèse sur la consommation des ménages et l'investissement. Corrélation bien documentée par les publications conjoncturelles de l'INSEE ; comme pour les autres épisodes hors 2020 et 2008-2009, plusieurs facteurs s'enchevêtrent (énergie, taux d'intérêt, commerce extérieur), donc pas de cause unique isolée ici non plus.
Fiabilité & sources
Fiabilité : Excellente : série annuelle complète (1950-2025), sans lacune ni interpolation, une seule source cohérente.
Les 76 valeurs annuelles proviennent d'une unique série INSEE (comptes nationaux annuels, base 2020), qui remplace l'ancien assemblage de plusieurs publications (rétropolations 1950-2015 + communiqués distincts pour 2020/2022/2025, dont les chiffres ne s'accordaient pas exactement avec cette série — par exemple 2020 y figurait à -7,5 % contre -7,4 % ici, deux révisions différentes du même INSEE). Les deux dernières années suivent la nomenclature INSEE de définitude progressive des comptes : 2024 est semi-définitif, 2025 est provisoire (compte provisoire, à réviser lors des prochaines publications) — ni l'un ni l'autre n'est une prévision, mais ce ne sont pas non plus des chiffres définitifs.
- INSEE — Évolution du produit intérieur brut et de ses composantes (série longue 1950-2025) ↗
- INSEE — Comptes nationaux ↗
- INSEE Première — Les comptes de la Nation en 2022 ↗
- INSEE Première — Les comptes de la Nation en 2025 ↗
Autre regard : La critique du PIB comme mesure du progrès
Cette page mesure la croissance en termes monétaires (PIB), la référence utilisée par l'INSEE et par toutes les sources ci-dessus. Le constat que le PIB est une mesure incomplète du progrès économique et social n'est pas une position marginale : c'est la conclusion d'une commission officielle réunissant les économistes Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi, qui a remis son rapport au gouvernement français en 2009 et recommandé de compléter le PIB par une batterie d'indicateurs (qualité de vie, inégalités, soutenabilité) plutôt que de s'en remettre à un chiffre unique. L'OCDE a depuis structuré ce chantier autour de son cadre « au-delà du PIB », avec un rapport phare (« How's Life ? ») publié régulièrement depuis 2011 sur plus de 80 indicateurs de bien-être. Sur un angle plus spécifique, dans ce même débat, l'ingénieur Jean-Marc Jancovici (cofondateur du Shift Project), figure engagée et contestée du débat sur l'énergie et le climat, avance que le PIB reflète en particulier de moins en moins bien l'activité physique réelle — notamment parce que la hausse des prix de certains actifs (l'immobilier en particulier) est comptée comme de la croissance sans être corrigée comme une inflation ordinaire — et propose de lui préférer des indicateurs physiques directs (tonnage de marchandises transporté, surfaces construites), tous deux en recul en Europe depuis le milieu des années 2000 selon lui. Cette dernière lecture, contrairement au constat Stiglitz-Sen-Fitoussi/OCDE, reste débattue, y compris sur le lien de causalité qu'il établit entre énergie et croissance, et n'a pas le même niveau de validation académique que les sources INSEE/OFCE citées plus haut sur cette page.
- Direction générale du Trésor — Trésor-Éco n°67, Mesure des performances économiques et du progrès social : les conclusions de la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, 2 décembre 2009 ↗
- OCDE — How's Life? 2024 : Well-being and Resilience in Times of Crisis, 5 novembre 2024 ↗
- Jean-Marc Jancovici — interview Ouest-France, novembre 2024 ↗
- Marina Fabre Soundron — « La décroissance a commencé, de manière larvée », Novethic, 25 novembre 2021 ↗
- Jean-Marc Jancovici — « Croissance, climat et limites physiques », transcription de conférence, État d'urgence, 28 juillet 2021 ↗